Banya russe

Envoyer

banya-3

Les Russes sont persuadés que la fréquentation régulière des banyas les a aidés à survivre aux maladies et aux épidémies, au cours des siècles passés. Jusqu'à la révolution russe de 1917, chaque maison possédait son banya, même dans les campagnes les plus reculées. Les paysans les plus pauvres utilisaient leur four à pain, ce qui n’allait pas sans certains accidents. Le premier geste offert au voyageur de passage, avant même le gîte et le couvert, c'était le passage au bain de vapeur...

Une coutume que l'on retrouve encore aujourd'hui. Soucieux d'hygiène, Lénine ordonne l'ouverture des premiers bains publics dans les grandes villes. À l'instar des thermes romains, les banyas deviennent vite un lieu de rencontre et d'échange. On y boit, on y mange, on s'y amuse. Bruyant et animé, le predbannik, le vestiaire, tient lieu de salle de repos entre deux séances.

Rien à voir avec le luxe, le calme et la volupté des salles de repos asiatiques. Assis nus autour de pique-niques improvisés, arrosés de thé pour les femmes et de vodka et de bière pour les hommes, les baigneurs rient, papotent et commentent leurs physiques respectifs : complexés s'abstenir ! Entre ces groupes joviaux et excités circulent des employées reconnaissables à leurs blouses blanches très années 1930, qui vendent thé, gâteaux au pavot et autres vatrouchkas. Rien de tel pour reprendre des forces !

Des pierres chauffées à 800°

Les établissements sont généralement pourvus d'un salon de coiffure, de cabines d'esthétique et de salles de massages. Assortis à l'ambiance, ces massages sont nettement plus tonifiants que relaxants. Pour la plupart des Russes, un bon massage, c'est celui qui laisse des bleus...

Quand les pierres du sauna scandinave sont chauffées à 200-300° C, celles du banya russe le sont à 800° C. Autant dire que la chaleur est à peine tenable. Nous ne sommes plus dans une étuve sèche, mais dans une combinaison de folle chaleur et de vapeur, dont la préparation est affaire de quelques expertes babouchkas. Car la préparation d'une bonne vapeur est tout un art. Y mêler des huiles essentielles de menthe et d'eucalyptus ou de la levure de bière pour maintenir le taux d'humidité reste affaire de spécialiste.

Dans la parilka, la chambre de vapeur, des gradins mesurent, non le niveau social des baigneurs, mais leur résistance à la chaleur. Les gradins supérieurs sont insoutenables pour le commun des mortels. « Même les Suédois n'y résistent pas », plaisantent les Russes, toujours prêts à mettre leur corps à rude épreuve. Et c'est le cas : le débit cardiaque s'accélère, dilate les vaisseaux sanguins et ouvre les pores de la peau.

Pour faire circuler le sang : le vennik

Dès que vous transpirez, c'est le moment d'utiliser le vennik, équivalent russe du vytta finlandais. S'il s'agit, comme en Scandinavie, d'une sorte de balai composé de branche de bouleau, la façon de s'en servir diffère. Après l'avoir trempé dans l'eau pour en amollir les feuilles, on se fouette généreusement avec des gestes lents mais vigoureux. Le rite est codifié. Il y aurait trente façons de se flageller ! Le choix du bouleau, arbre sacré pour le folklore russe n'est pas innocent : il incarne l'axe du monde, la pureté, l'innocence et le printemps. Dans les temps anciens, on se fouettait pour chasser les mauvais esprits. Aujourd'hui, pour se fortifier le corps et... l'esprit. Le corps fumant, vous sortez pour gagner la dushevaya, où il vous faut puiser de l'eau froide pour arroser votre corps, le refroidir, avant de recommencer l'opération.

L'hygiène est surprenante pour les Occidentaux, car même si le sol est lavé toutes les cinq minutes, le tout n'a jamais l'air net et la pudeur n'est pas de mise. Sandalettes aux pieds, serviette à la main et bonnet sur la tête, tout le monde est ici à la même enseigne. Et il n'est pas rare de voir les femmes faire une incursion au bar, situé dans la partie réservée aux hommes, pour en ramener une bière ou une vodka. Il faut dire que, traditionnellement, les bains sont mixtes jusqu'à ce que Catherine II (18e siècle), sous la pression de l'Église, impose la séparation des sexes.

SVS