Le banya russe : douillets s'abstenir !

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Vous pensez que le sauna finlandais n'est réservé qu'aux forces de la nature ? Vous n'avez rien vu. Attendez de pénétrer dans un banya russe...

Quand les pierres du sauna scandinave sont chauffées à 200-300° C, celles du banya russe le sont à 800° C. Autant dire que la chaleur est à peine tenable. Nous ne sommes plus dans une étuve sèche, mais dans une combinaison de folle chaleur et de vapeur, dont la préparation est affaire de quelques expertes babouchkas. Car la préparation d'une bonne vapeur est tout un art. Y mêler des huiles essentielles de menthe et d'eucalyptus ou de la levure de bière pour maintenir le taux d'humidité reste affaire de spécialiste.

Dans la parilka, la chambre de vapeur, des gradins mesurent, non le niveau social des baigneurs, mais leur résistance à la chaleur. Les gradins supérieurs sont insoutenables pour le commun des mortels. « Même les Suédois n'y résistent pas », plaisantent les Russes, toujours prêts à mettre leur corps à rude épreuve. Et c'est le cas : le débit cardiaque s'accélère, dilate les vaisseaux sanguins et ouvre les pores de la peau.

Dès que vous transpirez, c'est le moment d'utiliser le vennik, équivalent russe du vytta finlandais. S'il s'agit, comme en Scandinavie, d'une sorte de balai composé de branche de bouleau, la façon de s'en servir diffère. Après l'avoir trempé dans l'eau pour en amollir les feuilles, on se fouette généreusement avec des gestes lents mais vigoureux. Le rite est codifié. Il y aurait trente façons de se flageller ! Le choix du bouleau, arbre sacré pour le folklore russe n'est pas innocent : il incarne l'axe du monde, la pureté, l'innocence et le printemps. Dans les temps anciens, on se fouettait pour chasser les mauvais esprits. Aujourd'hui, pour se fortifier le corps et... l'esprit. Le corps fumant, vous sortez pour gagner la dushevaya, où il vous faut puiser de l'eau froide pour arroser votre corps, le refroidir, avant de recommencer l'opération.

L'hygiène est surprenante pour les Occidentaux car même si le sol est lavé toutes les cinq minutes, le tout n'a jamais l'air net et la pudeur n'est pas de mise. Sandalettes aux pieds, serviette à la main et bonnet sur la tête, tout le monde est ici à la même enseigne. Et il n'est pas rare de voir les femmes faire une incursion au bar, situé dans la partie réservée aux hommes, pour en ramener une bière ou une vodka. Il faut dire que, traditionnellement, les bains sont mixtes jusqu'à ce que Catherine II (XVIIIe siècle), sous la pression de l'Église, impose la séparation des sexes.

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