Budapest, capitale historique du spa thermal

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Aujourd’hui, comme au temps de l’ex-Union soviétique, les baigneurs hongrois sont très attachés à leurs traditions. Et s’ils adorent, comme chacun sait, jouer aux échecs, leurs parties se déroulent, de préférence, dans les eaux chaudes du Széchenyi...

La Hongrie est, après l’Islande, la nation qui compte le plus de sources. Il en existe près de 1300 dans le pays, dont 120 à Budapest. Plus de vingt et un thermes ont été découverts autour de l’ancienne Aquincum, comme l’appelaient les Romains. L’invasion magyare ne fait pas disparaître cette tradition. Les Huns vénèrent les sources, auxquelles ils prêtent des pouvoirs surnaturels et le mot magyar lui-même signifie « magicien ». Il y a tant de sources dans le « pays de la magie », que le nom lui est resté.

Quand le Sultan Soliman 1er, après avoir battu l’armée hongroise en 1526, soumet le pays à l’occupation ottomane, il arrive donc dans un pays déjà acquis à la culture du bain. Son premier geste est de faire restaurer les Thermes de César et de les transformer en « bains du bey Veli ». A la même époque naît le bain Kiraly, que les Turcs appellent « Bain de Sokoli Mustapha », du nom de son créateur. Le bâtiment, de forme octogonale, est surmonté d’une coupole, percée d’ouvertures en forme d’étoiles, par lesquelles des rais de lumière viennent jouer sur les volutes de vapeur montant de l’eau. Le Pacha Sokolo Mutafa édifie en 1556 le Rudas, aujourd’hui considéré comme un trésor national et une parfaite démonstration de l’architecture ottomane. Un écrit viennois de 1597 le décrit comme le « bain aux colonnes vertes ».

La Sainte Alliance du Pape Innocent XI libère Buda des Turcs en 1686, mais fait tomber la Hongrie dans le giron des Habsbourg. L’engouement pour les bains va alors peu à peu décliner. Il faut attendre près d’un siècle pour que reprenne la mode des bains, envisagée cette fois uniquement sous l’angle thérapeutique. Aux bords du lac Balaton -cette « mer hongroise » chaude (30°C en été), dont l’eau et la vase ont des effets bénéfiques contre les troubles du système nerveux, l’anémie et la fatigue -, apparaissent des établissements thermaux, qui deviennent des lieux de villégiature recherchés.

Des cures à boire

A Budapest, le Rac est racheté par un médecin et devient le passage obligé des bains de Buda L’eau, riche en magnésium, sodium et calcium est souveraine contre la goutte, le lumbago, l’arthrite la sciatique et les rhumatismes. Le Rudas, fréquenté par l’élite, doit sa célébrité à ses fontaines, où l’on vient faire des cures à boire, et à sa partie hammam, composée de six bassins à températures différentes, et de trois chambres de sudation de 45 à 72°C. Sa piscine utilise une eau quasi médicinale à 29°C.

En 1873, les trois villes composant la capitale (Buda, Pest, sur l’autre rive, et Obuda) sont réunies pour devenir officiellement Budapest. La folie des bains atteint alors son apogée. C’est la mode des bains turcs et les autorités de la ville rénovent à tour de bras les anciens établissements ottomans. Vers 1900, Le Värosliget (Bois de Ville), ancien marais qui servait de territoire de chasse à la famille royale au Moyen Age, devient le poumon de la ville. Familles et promeneurs viennent s’y délasser et admirer la construction du Séchenyi, le premier spa de Pest et l’un des plus grands d’Europe. Dans un cadre baroque, aux couleurs de pâtisseries viennoises, l’ensemble grandiose rassemble quinze bassins (trois piscine et douze bassins thermaux). Aujourd’hui, hiver comme été, les joueurs d’échecs l’élisent comme fief et s’y livrent dans l’eau à 35°C des parties acharnées, d’où son surnom de « Palais de l’eau thermale et des échecs ».

Construit à la fin de la Grande Guerre sur les vestiges d’un bain du XIIIème siècle, le Gellert est un pur produit de l’architecture issue de la Sécession avec l’empire des Habsbourg. Longtemps classé comme l’hôtel le plus élégant de la ville, le Gellert n’a jamais cessé, même aux heures les plus noires de l’histoire, d’accueillir baigneurs et curistes. Dans l’Ile Sainte-Marguerite, les centre de cures ont été rajeunis et abritent aujourd’hui un médispa à la pointe du progrès. Partout, les établissements de bains se mettent à l’heure du spa, dans une version, parfois, quelque peu roborative...


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